Théories, approches et modèles de la traduction au XXe siècle (première partie)

Les théoriciens de la traduction

L’œuvre incontestablement fondamentale, qui a jeté les bases d’une véritable théorisation de la traduction c’est Problèmes théoriques de la traduction de Georges Mounin parue en 1956. Comme tout enfant précoce, ce premier ouvrage porte les empreintes de la forte influence linguistique exercée par le Cours de linguistique générale de De Saussure. Une autre œuvre sienne assez renommée qui traite de la traduction c’est Les belles infidèles.

-P.Vinay et J.Darbelnet ont lancé en 1956 leur ouvrage devenu classique Stylistique comparée du français et de l’anglais.

Un autre théoricien de la traduction c’est Edmond Cary, parmi ses livres on pourrait citer Comment faut –il traduire ? Il est le précurseur des théories de la traduction ayant un fondement non linguistique. A côté de Cary, on pourrait mentionner Delisle, J.Piaget, M.Ballard, E.Nida, G.Steiner, R.Jakobson, K.Reiss. La nouvelle génération des théoriciens de la traduction comprend des noms mondialement renommés comme : J.R. Ladmiral, D. Seleskovitch, M.Lederer, D.Gouadec, C.Laplace, R.Bell, T.Cristea etc.

Grosso modo on pourrait diviser la totalité des ouvrages sur la traduction en deux classes :

  1. Les ouvrages qui attribuent à la traduction une origine strictement linguistique.
  2. Les ouvrages dont les auteurs bâtissent leurs théories de traduction sur le principe interprétatif, communicationnel, textuel, qui suppose une approche pluriaspectuelle dans l’étude de la traduction.

En traduisant on opère sur le message, le texte, le traducteur est en lien étroit avec l’auteur, la langue de départ, et le résultat de son travail dépend aussi bien de ses compétences linguistiques que de ses compétences extralinguistiques.

Les auteurs des ouvrages sur la traduction issus du principe linguistique aboutissent immanquablement à l’affirmation que la traduction est impossible au niveau de la langue.

Les auteurs des ouvrages sur la traduction issus du principe linguistique aboutissent immanquablement à l’affirmation que la traduction est impossible au niveau de la langue.

Les auteurs des ouvrages sur la traduction issus du principe interprétatif affirment que tout est traduisible.

Mounin : Le traducteur ne doit pas se contenter d’être un bon linguiste, il doit être un excellent ethnographe, ce qui revient à demander non seulement qu’il sache tout de la langue qu’il traduit, mais aussi tout du peuple.

 

 

  • Les termes clés de la traduction

Comme toute discipline, la traduction possède elle aussi un certain champ terminologique (épistémologique) avec lequel elle opère aussi bien au niveau théorique qu’au niveau pragmatique. Il faut quand bien même mentionner qu’il n’y a pas d’unification homogène et d’accord général entre les théoriciens sur l’utilisation des termes qui vise la théorie et la pratique de la traduction. Nous citerons les termes les plus cristallisés et véhiculés dans le domaine :

Langue originale, langue source, langue de départ – langue cible, langue d’arrivée.

La version – traduction faite de la langue étrangère vers la langue maternelle.

Le thème – la traduction faite de la langue maternelle vers la langue étrangère.

La liberté – dans la traduction, c’est la prise d’attitude subjective envers les moyens linguistiques et extralinguistiques dans la réexpression d’un texte dans la langue cible.

La fidélité – c’est la prise d’attitude subjective par laquelle le traducteur imite fidèlement les moyens linguistiques et extralinguistiques du texte rédigé dans la langue source pour obtenir sa réexpression dans la langue cible.

Le fameux dilemme de la traduction est : traduire la lettre ou l’esprit ? Dilemme lancé par Ciceron.

L’interférence des langues c’est le phénomène propre au débutant dans l’apprentissage des langues étrangères et il constitue une confusion souvent passagère avec le temps et l’acquisition des nouvelles connaissances langagières qui consiste dans le mélange des informations linguistiques des langues différentes vu leur similitude.

Le système d’Eugene Nida, linguiste et traducteur américain: l’équivalence dynamique et l’équivalence conventionnelle

Eugene Nida utilise un modèle de plusieurs structures et il propose un système de traduction en trois stades, ce que le traducteur doit franchir pour traduire un texte d’une langue à une autre. Premièrement le traducteur doit analyser le texte d’origine pour avoir les éléments importants de la structure profonde de la langue de départ, ensuite il doit transmettre ces éléments à la structure profonde de la langue d’arrivée et finalement il doit restructurer ces éléments de manière sémantique et stylistique à la structure superficielle de la langue d’arrivée.

  • Alors, il faut que le traducteur analyse les idées sous-jacentes du texte à traduire et les place dans la langue d’arrivée avant de convertir le texte à la langue d’arrivée.

    De plus, Eugene Nida propose le choix entre deux différentes approches à l’équivalence : l’équivalence dynamique et l’équivalence conventionnelle.

    Avec l’équivalence conventionnelle l’accent est mis sur le contenu et la forme présentée du texte à traduire : le texte cible doit correspondre le plus possible au texte source avec son contenu et sa forme.

     Avec l’équivalence dynamique l’accent est mis seulement sur le contenu et la signification originelle du texte à traduire : le texte cible doit correspondre au texte source avec son contenu et surtout avec sa signification originelle (que le texte source avait au moment de l’écrire).

Le système de Peter Newmark : la traduction sémantique et communicative

Le système de Peter Newmark ressemble un peu à ces deux approches à l’équivalence d’Eugene Nida, mais il prend ses distances par rapport à l’effet désiré de l’équivalence, car cet effet n’est pas possible quand le texte source n’est pas écrit dans le temps et la culture de la langue cible.

 Peter Newmark propose la traduction sémantique (الترجمة الدلالية), un peu comparable à l’équivalence conventionnelle de Nida, et la traduction communicative, un peu comparable à l’équivalence dynamique de Nida.

La traduction sémantique ressemble beaucoup à la traduction littérale, mais avec la traduction sémantique on respecte, interprète et explique le contexte.

Avec la traduction sémantique, le texte cible reste dans la culture du texte source, il perd toujours plusieurs idées originelles du texte (parce que ces idées ont besoin d’une explication dans la culture cible et cette explication n’a pas été donnée) et il est très complexe, détaillé et concentré.

 La traduction sémantique peut concerner entre autres la littérature de haute qualité, les autobiographies et les textes politiques.

En utilisant la traduction sémantique, le texte cible doit être une copie du texte source, avec la seule différence qu’il est écrit dans la langue cible.

Avec la traduction communicative, le texte cible est placé dans la culture de la langue cible, il explique les significations du texte source de manière explicite et il est facile, simple et plus directe : le texte cible peut devenir un meilleur texte que le texte source.

La traduction communicative concerne la grande partie des traductions des textes, comme les textes techniques, les modes d’emploi et la fiction populaire. En utilisant la traduction communicative, le texte cible doit présenter le sens du texte source le mieux possible dans la langue cible.

Le système de J.P. Vinay & J. Darbelnet : la traduction directe et indirect

Vinay & Darbelnet proposent deux stratégies : la traduction directe et la traduction indirecte.

La traduction directe ressemble un peu à la traduction sémantique et la traduction indirecte un peu à la traduction communicative, mais Vinay & Darbelnet sont plus spécifiques et présentent au total sept procédés de traduction.

La stratégie de la traduction directe comprend trois procédés, à savoir l’emprunt des mots du texte source, le calque et la traduction littérale.

Vinay & Darbelnet pensent qu’il faut utiliser la stratégie de la traduction indirecte quand il est impossible d’utiliser la stratégie de la traduction directe, par exemple quand la traduction donne un sens différent, n’a pas de sens, est impossible du fait de raisons structurales ou ne correspond pas à la culture de la langue cible

La stratégie de la traduction indirecte comprend quatre procédés : la transposition, la modulation, l’équivalence et l’adaptation.

 En utilisant la transposition on substitue une partie d’une phrase à une autre partie sans modifier le sens de cette partie. On transforme souvent les verbes à des substantifs et les adverbes à des verbes.

En utilisant la modulation on modifie le point de vue et la vue sémantique de la langue source pour avoir une phrase avec un sens correct.

Il faut utiliser l’équivalence quand des langues différentes décrivent la même situation de manière stylistique ou structurale différente, par exemple quand on traduit l’idiome ou les proverbes.

Il faut utiliser l’adaptation quand une certaine situation dans la culture du texte source n’existe pas dans la culture du texte cible, dans ce cas il faut l’adapter et l’expliquer.

 

 

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